Vive polémique sur le port du voile et le rôle de la femme en Australie
Le plus haut dignitaire musulman d'Australie, le cheik Taj Din al-Hilali, vient d'être universellement condamné à travers tout le continent après avoir lancé une série d'attaques vitrioleuses contre les femmes qui ne portent pas le voile islamique, ou hijab, des femmes qu'il a comparées à de la "viande découverte", de la viande exposée à l'air libre.
Nommé Mufti de la communauté musulmane en 1989, ce prédicateur d'origine égyptienne établi en Australie depuis 1982 a fait cette humiliante comparaison lors d'un prêche prononcé en arabe pendant le mois du Ramadan. Dans son sermon, dont la bande sonore originale a été officiellement traduite en anglais à la requête du plus grand quotidien australien du groupe Murdock, "The Australian", qui en avait obtenu copie, le prédicateur a notamment accusé les femmes légèrement vêtues qui sont victimes d'agressions sexuelles d'être en grande partie responsables de ce qui leur arrive.
De la viande et des chats...
"Si vous placez de la viande dans la rue, dans le jardin ou dans un parc et que les chats viennent la manger, qui doit-on blâmer? Les chats ou la viande découverte?", avait-il demandé. "La viande exposée à l'air libre, voilà le problème!", s'était-il exclamé, "Si la femme était restée dans sa chambre ou son boudoir, chez elle, portant le voile, aucun problème ne lui serait arrivé", à savoir, en clair, qu'elle n'aurait pas risqué d'attirer l'attention d'éventuels prédateurs sexuels par ses allures aguichantes.
Le cheik a également déclaré que les femmes qui ne portent pas le hijab, mais qui "oscillent de façon suggestive, se maquillent et s'habillent de vêtements indécents", genre minijupe, vont inévitablement attirer vers elles "des animaux voraces". Il a enfin affirmé que dans les cas d'adultère, "la responsabilité en rejaillit dans 90% des cas sur la femme."
Des condamnations unanimes
Sans surprise, les propos insultants du cheik al-Hilali ont été très mal perçus, tant par l'ensemble de la classe politique, toutes tendances confondues, que par la vaste majorité des associations musulmanes et des mouvements de défense des femmes, y compris et surtout celles de confession islamique. "Ces propos sont ignorants et naïfs", s'est ainsi indignée de loin la femme la plus influente de la communauté musulmane, Aziza Adel-Halim.
"Le jihab n'est pas un instrument de protection contre le viol", a surenchéri Iktrimal Hage-Ali, conseillère aux affaires des femmes musulmanes près le bureau du premier ministre John Howard. Semblables condamnations ont été émises par l'Association des femmes musulmanes et le conseil islamique de nombreux états, dont celui de Nouvelle Galles du Sud qui a qualifié les propos du cheik de "non islamiques, non australiens et inacceptables."
"Ce sont des commentaires atterrants et répréhensibles", s'est pour sa part indigné John Howard. "L'idée que ce sont les femmes qui doivent être blâmées en cas de viol est grotesque. Non seulement je rejette ces propos mais je les condamne inconditionnellement", a-t-il insisté. La commissaire à la lutte contre la discrimination, Pru Goward, a quant à elle demandé l'expulsion du prédicateur, au prétexte que ses propos constituent "une incitation au crime." "Des jeunes musulmans qui commettraient des viols pourraient se prévaloir de ces remarques et citer cet homme, leur chef spirituel, devant un tribunal", a-t-elle affirmé.
Des excuses, mais pas de renoncement
Suite au tollé de protestations que son prêche a provoqué, le mufti a choisi de faire amende honorable. "Je présente mes excuses sans réserves aux femmes que mes commentaires ont pu offenser", a-t-il dit dans un communiqué. "Mon intention était de protéger l'honneur des femmes, mais cette partie de mes déclarations a été occultée par The Australian", a-t-il expliqué.
Cet acte de contrition à peine exprimé, le cheik al-Hilali, visiblement soucieux de changer de sujet, est immédiatement reparti à la charge sur un autre de ses thèmes favoris, l'anti-américanisme. A sa sortie de la prière du vendredi, à laquelle il a assisté - sans y prononcer de discours - à la mosquée de Lakemba, son fief de Sydney, le Mufti a répondu aux journalistes qui demandaient si son intention était de démissionner qu'il ne renoncera à ses fonctions "que lorsque le monde aura été débarrassé de la Maison Blanche."
John Howard a prédit en écho que la communauté musulmane va être confrontée à "des problèmes à long terme" si elle n'agit pas rapidement pour museler son mufti, le courroux que ses propos ont suscité étant très perceptible dans toutes les couches de la société australienne.
JPZ



