Parution de l'autobiographie de Tumata Robinson
Tumata Robinson, fondatrice en 1988 des Grands Ballets de Tahiti, livre dans une autobiographie la quête émouvante de ses racines. Fille du célèbre navigateur américain W.A. Robinson, elle raconte dans "Comme deux navires qui se croisent dans la nuit", comment elle découvrit le lourd secret qui entourait la mort de sa mère.
Jolie vahine adoptée, cette petite bonne sino-tahitienne qui donna trois petites filles au célèbre navigateur, avait disparu tragiquement, à l'âge de vingt-six ans, enfermée dans l'hôpital psychiatrique-caserne de Vaiami, à Papeete. Mais cela, Tumata Robinson ne l'apprit que plus de quarante ans plus tard, après la mort de son père, en 1988.
Ce père adoré, grand navigateur, l'un des premiers à avoir fait le tour du monde à la voile à la fin des années 1920, lui avait toujours dit que sa mère, Ah You-Philomène, était morte d'une tumeur au cerveau.
Mais ce père tant admiré était aussi un collectionneur de jolies femmes: ainsi Florence, une richissime héritière de Boston, qu'il a épousée et avec laquelle il a eu un fils, ou la volcanique Sally, une artiste peintre américaine, sans oublier les superbes vahinés qui défilaient à Ofaipapa (sur la côte Ouest de Tahiti), la grande maison maison familiale héritée de "Robbie" où Tumata a passé son enfance et qu'elle habite toujours.
"Morte d'abandon à vingt-six ans"
Que voulait cacher, en fait, cet écrivain, homme charismatique ayant reçu les honneurs de la Maison Blanche, ami de l'acteur Marlon Brando et mécène connu à Tahiti ?
"Jalousie et désespoir de notre mère dégénérant en démence, en psychose, gouffre culturel, pression sociale, impossibilité de communiquer... Les étiquettes ne manquaient pas pour classer les chapitres de cette triste affaire", ne peut néanmoins se satisfaire Tumata Robinson, qui découvre une surdose involontaire à la thorazine, un traitement de lobotomie chimique, cause probable du décès plutôt que la "cachexie anorexielle" invoquée officiellement dans les papiers retrouvés dans les archives de l'ex-hôpital.
"Ainsi, jusqu'à sa mort, ma mère s'était trouvée abandonnée de Dieu et des hommes. Abandonnée à la naissance, abandonnée par l'homme qu'elle aimait, abandonnée par sa famille d'adoption, abandonnée par sa famille de sang, abandonnée par ses enfants (ndlr-emmenés avec leur père en Thaïlande) à qui ils ne manquaient guère puisqu'ils ne l'avaient pas connue..."
"Sa courte histoire pouvait se résumer ainsi: morte d'abandon à vingt-six ans", ne peut que constater Tumata Robinson, avec chagrin mais avec soulagement, également, "qu'il n'y ait plus de mystère, juste une mort idiote et scandaleuse comme toutes les morts".
Sous la plume de Tumata Robinson, cette quête émouvante est aussi une plongée poétique dans le Tahiti riche et coloré des années 50, loin des clichés exotiques. "Comme deux navires qui se croisent dans la nuit", aux Editions Belfond, est disponible en librairie (à Tahiti, et en métropole depuis le 18 septembre). L'ouvrage est illustré de nombreuses photos.
- L'ouvrage sera dédicacé le samedi 4 octobre à la librairie Odyssey (à Papeete) par Tumata Robinson, de retour de métropole, accompagnée d'une partie de sa troupe de danse "Tahiti Ora".
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CJ

