Tahiti Ma'ohi
de: Bruno Saura
éditeur: Au Vent des Îles (2009)
Un essai magistral sur le discours identitaire "ma'ohi" qui se déploie depuis près de vingt-cinq ans en Polynésie française. Tous les domaines: linguistiques, culturels, politiques, religieux ... sont ici abordés sous l'angle d'un état des lieux réalisés après de nombreux entretiens et une analyse approfondie des écrits et des productions audiovisuelles pendant un quart de siècle.
Ma'ohi ! Expression des préoccupations culturelles qui accompagnent la recherche de ses racines de toute une génération, le terme lui-même et les concepts qu'il recouvre ne sont pas sans ambigüité. Il en va de même du mot "polynésien" dont l'utilisation valorise la pluriethnicité et la pluriculture.
Le mot ma'ohi étant au départ réservé pour désigner des éléments animaux ou végétaux, proches de la terre, il ne plaît pas à toujours à certaines personnes - notamment à des personnes âgées - qu'il soit utilisé à propos de l'être humain. Il connaît pourtant aujourd'hui un succès certain, au point de qualifier – outre le langage (le reo ma'ohi) – toutes sortes d'objets usuels: téléphone portable, café, etc...; il est même mis "à la sauce politique", dans la mesure où il définit une certaine quête d'autochtonie...
"Mais on ne parlait pas comme ça il y a vingt-cinq ou trente ans", explique Bruno Saura qui a consacré près d'une vingtaine d'années à compulser les documents qui, dans la littérature (y compris des textes de chansons), ont conservé les traces de l'introduction du mot et des références culturelles qui vont avec, dans le vocabulaire et les mentalités.
"Je me suis nourri de tout ce que je vois, de tout ce qui j'entends...", précise-t-il encore en expliquant qu'il a eu de nombreux entretiens et qu'il a pris connaissance d'enregistrements radiophoniques et télévisuels réalisés au fil des années.
Un ouvrage qui fera référence
Il y a 25 ans, on se disait Tahitien. Alors qu'on parle plus facilement aujourd'hui de "Polynésien", constate encore Bruno Saura. En fait, on a aujourd'hui deux termes, pas du tout identiques: ma'ohi et polynésien pour définir l'identité, précise encore ce docteur en Science politique et directeur de recherche en anthropologie. Parlant et écrivant parfaitement le 'parau Tahiti', l'un des parlers locaux du 'reo ma'ohi', selon certaines définitions, Bruno Saura livre là un ouvrage qui fera référence dans la connaissance de la dernière décennie du XXème siècle, en Polynésie française.
On reconnaîtra au travers des quelque 530 pages qui composent "Tahiti Ma'ohi", nombre des personnalités toujours vivantes, pour la plupart, qui – à la suite de Henri Hiro – ont engagé le combat identitaire dont le terme 'ma'ohi' est le symbole de la cristallisation. Non sans ambigüité et questions, linguistiques et sociétales, que Bruno Saura décrypte avec esprit de synthèse et intelligence de terrain. Sont ainsi étudiés les arts et les lettres, le lien entre religion (les différentes composantes chrétiennes) et culture traditionnelle, ainsi que les questions de droit: reconnaissance des langues polynésiennes, revendications foncières et coutumières, liées à l'autochtonie...
'Tahiti Ma'ohi, Culture, identité, religion et nationalisme en Polynésie française', est le cinquième ouvrage édité par Au Vent des Îles, dans la collection 'Cultures océaniennes" de cet éditeur local (après, notamment, 'Des Tahitiens et des Français' et 'Tinito').
ATP

