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Deux archéologues font parler les herminettes polynésiennes

le 7 juillet 2009 à 17:11  | source: Tahitipresse  | Un commentaire

Les herminettes polynésiennes sont au centre du projet d'étude du professeur Marshall Weisler de l'université du Queensland en Australie et de Jean-Michel Chazine, ethno archéologue au CNRS. Ensemble, ils relèvent le défi de les faire parler après plus de mille ans de silence, grâce aux nouvelles technologies qui leur permettent de déterminer la signature ADN des pierres taillées.  crédit photo: Christian Durocher - TahitipresseLes herminettes polynésiennes sont au centre du projet d'étude du professeur Marshall Weisler de l'université du Queensland en Australie et de Jean-Michel Chazine, ethno archéologue au CNRS. Ensemble, ils relèvent le défi de les faire parler après plus de mille ans de silence, grâce aux nouvelles technologies qui leur permettent de déterminer la signature moléculaire des pierres taillées.


Depuis près de dix ans, l'histoire des herminettes polynésiennes est au centre des recherches du professeur Marshall Weisler de l'université du Queensland en Australie. Il a enquêté auprès des collections privées et musées tout autour de la planète, de New York à Berckley, d'Australie en Nouvelle-Zélande en passant par la France et Hawaii.
Avec Jean-Michel Chazine, ethno archéologue au CNRS, que l'on  considère comme le père de l'archéologie moderne en Polynésie française, il a trouvé comment lire les pierres dans lesquelles ont été taillées les herminettes en basalte.
Pour les deux spécialistes, ces objets proviennent des îles hautes. Mais lesquelles ? De quelles carrières ? Les deux archéologues tentent actuellement de les identifier et de tracer les routes d'échanges entre les archipels et atolls.


Herminettes rituelles


Pourquoi ont-elles voyagé jusque dans les atolls des Tuamotu ? "C'est une question à laquelle on n'a pas de réponse précise. On pense qu'elles étaient utilisées dans un cadre rituel, de prestige, lors d'alliances par exemple", explique Jean-Michel Chazine qui échafaude l'hypothèse que ces herminettes des Tuamotu en pierre de basalte conféraient un pouvoir, un prestige a ceux qui les acquéraient.
Grâce aux analyses aujourd'hui plus précises, les deux archéologues peuvent déterminer la carrière, la mine même où l'objet a été taillé.
Les herminettes vont-elles pouvoir répondre aux interrogations quant au peuplement de la Polynésie française ou éclaircir l'énigme des migrations ? Ce n'est pas encore dans leur programme d'études.
"Aujourd'hui, on arrive à établir qu'il y a eu des liens qui se sont constitués entre les différents archipels, les Tuamotu, les Australes, les Marquises, les îles de la Société, y compris avec Hawaii et les îles Cook", remarque Jean-Michel Chazine qui, avec le professeur australien Marshall Weisler, essaie de reconstituer ces itinéraires.


Croiser les sources


Prochainement, une fois les analyses terminées, les deux archéologues seront en mesure de dire que telle herminette provient de tel volcan. Pour cela, Marshall Weisler prélève des échantillons des pierres taillées collectées aux Tuamotu dans les années trente par l'archéologue hawaïen, Kenneth Emory, et celles trouvées dans la Papenoo à Tahiti dans les années quatre-vingt, par Jean-Michel Chazine. Mais également les objets rassemblés au fil des siècles par les pionniers de l'archéologie polynésienne tels que José Garanger, archéologue océaniste.
L'objectif est de croiser les sources minérales de ces objets.
Schématiquement, les herminettes les plus anciennes datent de l'an mille de notre ère et ont des formes plutôt rondes elliptiques. Ensuite, aux alentours du 16e ou 17e siècle, on constate une transformation de leur forme lors de l'arrivée de la seconde grande migration Maohi. La forme devient triangulaire.


À la mine


"Ce qui nous intéresse dans un premier temps, est de localiser l'origine des objets que l'on a récoltés dans les Tuamotu. On sait qu'il y a des carrières à Maupiti, à Raiatea, Tahaa, à Huahine. Ce qui fera partie de recherches que l'on met en place actuellement en coopération avec le département archéologie du Service du Patrimoine et de la Culture", indique l'archéologue.
Pourquoi ce travail n'avait pas été fait auparavant ? Aujourd'hui le progrès technique a fait que l'appareillage d'analyse est beaucoup plus sophistiqué et permet une précision à l'image de ce qui est fait pour l'ADN humain.
Cet appareillage particulier acquis par l'université de Brisbane (Australie) est capable d'identifier la signature moléculaire de chaque volcan, donc de chaque carrière.
Ainsi, on sait que l'herminette collectée par Kenneth Emory dans les années trente à Napuka (Tuamotu) provient de Hawaii, donc qu'elle avait voyagé sans doute en pirogue double jusque dans l'archipel des Tuamotu.


Les atolls deviendront des déserts


Lors de ces différentes missions dans l'archipel des Tuamotu, l'archéologue Jean-Michel Chazine a constaté l'inconscience des populations vis a vis de leur patrimoine et leur environnement.
"Entre les bulldozers qui enlèvent la végétation en surface, et les brûlis à outrance, on finit par désertifier l'atoll. Il faut que les habitants pensent que l'atoll est leur jardin et c'est a eux d'en prendre soin. Sinon, ils vont à la catastrophe", conclut le spécialiste.
Les deux archéologues s'apprêtent à quitter la Polynésie ces jours-ci pour poursuivre un travail d'identification en laboratoire.
Le projet qui a coûté un million de dollars australiens (environ 67,5 millions de Fcfp) au gouvernement australien, est mené en liaison avec le département archéologique en Polynésie française et se poursuivra l'an prochain, y compris sur l'archipel des îles Cook.

CD

Un commentaire pour “Deux archéologues font parler les herminettes polynésiennes”

  1. clairdelune a écrit: 7 juillet 2009 at 23:58

    Voilà enfin le moment venu de mettre les moyens offerts par la technique moderne, au service des « traditions anciennes »! J´espère de tout coeur que les recherches aboutissent et conduisent à d´intéressantes découvertes, enrichissantes pour tous les Polynésiens! Bon courage! Fa´aitoito!

 
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