La terre dans l'archipel des Australes : une synthèse magistrale
Achevé en mars 2008 et édité en novembre de cette année, l'ouvrage de Tamatoa Bambridge est désormais disponible en librairie. Ayant comme base l'étude du foncier et des problèmes de terre dans l'archipel des Australes, le travail de ce chercheur représente une synthèse remarquable des questions foncières en Polynésie française.
Tamatoa Bambridge* a dédicacé, samedi matin à la librairie Archipels, son dernier ouvrage. Un pavé de près de 400 pages dans lequel ce Polynésien, chercheur au CNRS, présente de manière globale des sujets et des questions qui sont souvent abordés de manière indépendante dans la littérature existante.
Ce travail de sociologie prend pour objet l'étude de la question foncière, aujourd'hui, dans l'archipel des Îles Australes, des îles situées à environ 640 km au sud de Tahiti. Un archipel tout à fait original par "la capacité de résistance du droit foncier endogène devant le droit étatique", ainsi que s'en étonne celui qui a été, il y a quelques mois, le directeur scientifique du colloque 'Le foncier en Polynésie française'.
Fruit d'un examen minutieux d'archives pendant plusieurs mois, notamment au service des Affaires de terre, l'ouvrage est également le résultat d'une confrontation des documents avec la réalité, sur le terrain, à une époque où l'archipel n'était accessible que par bateau. Un travail de plus de trois ans pour lequel le chercheur n'a pas hésité à accompagner un juge forain qui faisait une tournée à Tubuai et Rurutu.
Une référence
Dans ce livre, publié en co-édition par Au Vent des Îles et l'IRD (Institut de recherche et de développement), Tamatoa Bambridge analyse les questions des identités, de la parenté, du foncier, du pluralisme juridique et culturel... sur la période contemporaine, à partir des années 1800-1830. A ce titre, l'ouvrage constitue donc la première grande synthèse des questions foncières en Polynésie française, analysées sous l'angle de la catégorie des acteurs locaux.
"La terre dans l'archipel des Australes", disons-le d'emblée, ne se lit pas comme un roman. Cet essai de sociologie considère en effet l'étendue des rapports sociaux qu'implique le terme "foncier" : facteurs économiques, juridiques, techniques, agricoles, politiques de développement..., avec leurs termes spécifiques. Néanmoins, et pour les mêmes raisons, cette approche intéressera particulièrement les décideurs, mais également les étudiants et les spécialistes des questions foncières dans le Pacifique. Il intéressera aussi ceux qui sont curieux de la confrontation entre valeurs traditionnelles et normes occidentales.
L'ouvrage, qui s'impose désormais comme une référence leur permettra d'appréhender les enjeux fonciers et de réfléchir à des solutions en matière de gestion du foncier, tout en tenant compte de la complexité des situations contemporaines post-coloniales.
Les représentations et les pratiques des familles élargies doivent être prises en compte
"J'étais curieux de vérifier si on pouvait constater le même maintien des familles élargies, dans un autre archipel, ainsi que l'avait constaté Paul Ottino, il y a une trentaine d'années aux Tuamotu (Terre et parenté à Rangiroa- Ed. Cujas- 1972)", explique Tamatoa Bambridge. Et bien, aux Australes, au XXIème siècle, ce type de structure familiale, différent de la famille mononucléaire à l'occidentale est toujours vivace, constate le sociologue. Ce qui permet de maintenir des normes traditionnelles de partage des terres (à 90% en indivision), selon un modèle qui subsiste face au droit étatique.
Aussi, pour lui, "les représentations et les pratiques des familles élargies doivent être prises en compte". Et le chercheur, pour qui "l'importation du modèle étatique est sujette à caution", de conclure : "parce que la question foncière est régulièrement exprimée en termes identitaires dans le monde océanien, le problème qui se posera demain à la Polynésie sera moins d'introduire des outils juridiques entièrement nouveaux, que d'articuler les principes fonciers endogènes et le développement".
- *Etudiant actuellement les rapports entre savoirs et biodiversité en collaboration avec l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD), Tamatoa Bambridge a abondamment publié depuis dix ans dans des ouvrages et revues francophones et anglophones.
CJ
