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Cyclone Oli : Tubuai panse ses plaies

le 7 février 2010 à 11:26  | source: Tahitipresse  | 3 commentaires

Tubuai panse ses plaies après le passage du cyclone Oli. Photo : P.Bastianaggi-TahitipresseSamedi, soit une quarantaine d'heures après le passage du cyclone Oli sur Tubuai (archipel des Australes), les communications téléphoniques avec l'extérieur étaient rétablies sur une partie de l'île, ainsi que l'électricité dans certaines zones. Désormais, ce qui manque le plus à la population, c'est de l'eau potable et pour certains, des vêtements. Récit.

 

 

Sous un soleil de plomb, Tubuai arborait un tout autre visage, samedi matin, contrastant fortement avec les images "apocalyptiques" que l'on avait pu voir vendredi. L'eau de mer, qui envahissait le littoral sur une centaine de mètres à l'intérieur des terres, était quasiment absorbée par celle-ci, sous l'action du soleil et de la terre conjuguée .

 

Autre effet trompeur, qui a fait dire à un journaliste en lançant son sujet "Tubuai, n'est pas Haiti", est que quasiment la totalité des habitants affichait sur leur visage un sourire qui semblait déplacé dans de telles circonstances. Heureux d'être en vie ? Heureux de voir les premiers secours arriver ? Certes, mais de toutes façons, ici, les gens sont comme cela. Fatalistes et ayant l'habitude de se prendre en mains. Si comme le chantait Jacques Brel, "gémir n'est pas de mise aux Marquises", se lamenter ou faire pitié ne l'est pas à Tubuai. De plus, pour les ta'ata Tubuai (habitants de Tubuai), 'solidarité' n'est pas qu'un joli mot et prend tout son sens.

 

De là à dire qu'aucune personne n'a été traumatisée, ce serait mentir. Certains ont très mal vécu cette épreuve, et le service de santé a demandé la venue d'un psychologue de Tahiti afin d'aider les gens à se reconstruire.

 

 

Les côtes nord et nord-est de l'île particulièrement touchées

 

 

Les côtes nord et nord-est de l'île ont particulièrement souffert. Avec des vagues de neuf mètres de haut, sous l'action du vent et de la mer, la houle , tel un tsunami, a charrié avec elle des tonnes de sable, de corails et de pierres, envahissant les habitations et parachevant la destruction des maisons, entamée par des pointes de vent estimées entre 200 et 250 km/h.

 

A Taahueia, une commune exposée plein nord-est, "100% des maisons sont détruites, beaucoup de familles ont tout perdu", estime le maire délégué. "Heureusement, on n'a pas eu de victimes, beaucoup de gens s'étaient réfugiés dans les abris. D'autres ont préféré rester chez eux pour veiller sur leurs affaires. On attend les fare MTR - maison sociale anti-cyclonique en kit, NDLR- qui doivent arriver avec les bateaux de la flottille administrative. Mais ce qui nous manque surtout, c'est de l'eau potable. Elle devait arriver ce matin, mais on a toujours rien reçu. Ca devient urgent, car certains n'ont pas bu d'eau depuis deux jours et de plus, on doit en assurer la distribution auprès de la population". Depuis, deux tonnes cinq d'eau potable conditionnée en bouteille ont fini par arriver, samedi à 18h, acheminées par un avion Casa de l'Armée.

 

 

"Pas facile de coordonner l'aide aux premières heures de crise"

 

 

Pour Eric Berton, administrateur des Australes, "ce n'est pas facile de bien coordonner l'aide entre l'Etat et le Territoire. On travaille de concert, mais c'est toujours difficile quand c'est les premières heures de gestion de crise. Ce matin deux Casa sont arrivés, avec à leur bord des groupes électrogènes, du matériel pour dégager les routes, des techniciens et de la main d'oeuvre pour effectuer des réparations provisoires sur certaines maisons, afin que les personnes puissent quitter les abris et revenir chez eux, en attendant les gros travaux de reconstruction."

 

 

La côte sud relativement épargnée

 

 

Ce qui frappe lorsque l'on fait le tour de l'île, soit une trentaine de kilomètres, c'est la différence de traitement de la part du cyclone, entre la côte nord et la côte sud. En effet, sur les côtes nord et nord est, Oli a quasiment dévasté toutes les habitations et la végétation en bordure de littoral. Alors que sur les côtes sud et sud ouest, du coté de Mahu et Aramea, on a l'impression qu'il n'y a eu qu'un fort coup de vent. A part quelques maisons détruites ou ayant subit peu de dégâts, des arbres, des poteaux électriques ou téléphoniques couchés, et une végétation brulée sous l'effet de la mer absorbée par la terre, il n'y a pas trop de sinistres à déplorer.

 

 

"On a prié le Père céleste qui nous a entendu"

 

 

Sur une si petite île, et vu le diamètre du cyclone, comment se fait-t-il que les habitations ne soient pas toutes détruites ? Lorsque l'on questionne les habitants à ce sujet, pour savoir comment ils expliquent ce phénomène, il y a en général deux réponses. "Le cyclone arrivait du nord-est, et c'est pour cela que l 'on a été relativement épargné". Ou bien : "on s'est enfermé chez nous et on a prié 'le Père céleste', qui nous a entendu". C'est sans doute de ces explications, qu'elles soient cartésiennes ou spirituelles, que provient ce retour si rapide à l'optimisme des habitants.

 

 

"On a retrouvé la vie de nos tupuna"

 

 

Concernant le centre de l'île, en empruntant la route traversière, on constate que la végétation et les habitations ont elles aussi payé leur tribu à Oli. Arbres centenaires arrachés, cultures partiellement, voire entièrement détruites, et au sommet des monts concentrés au centre de l'île, on aperçoit des zones dont les arbres ont été littéralement arrachés. Là aussi, il y aura beaucoup de travaux d'abattages et d'élagages à effectuer, afin de redonner au poumon de l'île un visage "humain". Pour la plupart des habitants, "après le passage du cyclone, on a retrouvé la vie de nos tupuna (ancêtres, ndlr). Pour boire, on a l'eau de coco, pour laver le linge et faire notre toilette, on va à la rivière. Pour se nourrir, on a les champs de tarots et la pêche".

 

 

Environ un milliard de Fcfp de travaux

 


Pour Edouard Fritch, vice président de la Polynésie française, "le coût de la reconstruction globale de Tubuai est pour l'instant estimée à un milliard de Fcfp (environ 8,480 millions d'euros) . On a 11,5 km de route endommagés, dont 5 km à refaire entièrement. Le reste sera réparé et renforcé, la route de ceinture étant particulièrement exposée à la houle. Il faut savoir qu'un kilolètre de route coûte entre 35 et 40 millions de Fcfp. Pour le téléphone et l'électricité, ce sera moins compliqué qu'il y paraissait au départ. A ce jour, grâce aux efforts conjugués de l'OPT (Office des Postes et Télécommunications) et de l'EDT (Electricité de Tahiti), les communications téléphoniques avec l'extérieur sont rétablies sur une partie de l'île, ainsi que l'électricité dans certaines zones".

 

Par contre, quant à la réhabilitation du réseau d'eau potable, le vice président se montre moins optimiste. "Là, on risque de rencontrer des difficultés. Il ne s'agit pas de remplir les réservoirs et d'envoyer la pression. Il faut s'assurer d'abord de la fiabilité du réseau, vérifier qu'il n'y ait pas de fuites tant sur les canalisations que chez les particuliers, de façon à ne pas gaspiller".

 

Maintenant que les premières aides sont arrivées,  et que les premières réparations effectuées dans l'urgence sont en cours, il reste la reconstruction et la distribution de maisons en kit anti-cycloniques à effectuer. Ces 'Fare MTR' doivent arriver aujourd'hui, dimanche, acheminés par les bateaux de la flottille administrative. Impossible pour l'instant d'avoir une estimation de la durée de la reconstruction, et du nombre de rotations que devront effectuer les avions de l'Armée et les bateaux du Pays pour convoyer le matériel nécessaire. Tout ce que l'on peut prédire, c'est que la population devra s'armer de patience avant de retrouver une vie normale et panser les plaies laissées par Oli.


PB

3 commentaires pour “Cyclone Oli : Tubuai panse ses plaies”

  1. Tiona a écrit: 8 février 2010 at 03:44

    Il ne peut que féliciter de cette aide massive vers Tubuai. Cependant, ce dont les habitants auraient besoin dans l’immédiat, serait de l’eau potable, de la nourriture de première nécessité, les médicaments, les vêtements et l’électrité en attendant la reprise progressive pour la reconstruction de l’ile, dégagement des routes, reconstruction des habitations détruites etc.
    Dépecher un psychologue sur place n’est pas une priorité, car ces habitants ont vécu une vie dure et sont connectés avec leur environnement naturel, s’ils ont pus gardé une lumière de sourire sur les lèvres quoique frappé dans leur matérialité, est un signe de leur force, ils n’ont pas besoin de ces experts venus d’ailleurs qui n’ont pas vécu au quotidient avec ceux là pour venir leur secourir dans leur fort intérieur.
    Tout ce dont ils ont besoin de l’aide matérielle, et le reste ils se guérissent collectivement ce qui fait leur force de volonté et de caractère unique dans ces iles encore préserver des maux de stresse de la civilisation moderne des iles de la Société, notamment Tahiti où les experts en psychologie seraient « on demand ».
    Faaitoito!

  2. rmawolf a écrit: 9 février 2010 at 00:39

    IAORANA…Une pensée depuis l’île de la Réunion a tous mes AMIS Polynésiens de toutes les Archipelles, vous etes courageux… Mes Condoléences a ceux qui ont été touché par la disparition d’un proche… Raymond .

  3. teto a écrit: 9 février 2010 at 02:38

    Ia orana, ns organiserons une soirée de bienfaisance dont les bénéfices seront reversés pour la population de Tubuai, pouvez-vs m’indiquer auprès de qui puis-je m’adresser sur l’île? (nom du maire ex.) Mauruuru

 

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