Trafic de drogue à Air Tahiti Nui : les syndicats refusent d’excuser les dérives du personnel navigant

Trafic de drogue à Air Tahiti Nui : les syndicats refusent d’excuser les dérives du personnel navigant

Secouée par la mise en examen de 33 membres d’équipage soupçonnés de trafic de drogue, la compagnie Air Tahiti Nui tente de restaurer sa crédibilité. Les deux principaux syndicats du personnel navigant, le SPCN et le SNPNC, condamnent fermement les faits reprochés et se désolidarisent des employés incriminés. Une affaire sans précédent qui ébranle l’image du pavillon polynésien et met à l’épreuve la cohésion d’un secteur stratégique pour le fenua.

Les syndicats condamnent sans détour les agissements

Alors que 33 membres du personnel navigant commercial d’Air Tahiti Nui ont été mis en examen pour trafic de stupéfiants, les deux syndicats représentant les hôtesses et stewards – le SPCN (Syndicat du Personnel Commercial Navigant) et le SNPNC (Syndicat National du Personnel Navigant Commercial) – ont tenu à marquer clairement leur position. Contrairement à certaines rumeurs, les représentants syndicaux affirment ne “trouver aucune circonstance atténuante” à ces faits d’une gravité exceptionnelle.

“Ces comportements individuels n’ont rien à voir avec la réalité de notre profession, fondée sur la sécurité, le professionnalisme et la confiance du public”, a déclaré un porte-parole du SPCN à Papeete. “Nous ne défendrons pas l’indéfendable.”

Cette prise de position ferme intervient au lendemain de la mise à pied des agents concernés par la direction de la compagnie, qui a immédiatement lancé des procédures disciplinaires parallèlement aux poursuites engagées par la justice.

Une affaire qui éclabousse la compagnie nationale

L’affaire, révélée début juillet, a provoqué un véritable séisme dans le secteur aérien polynésien. Selon les enquêteurs, plusieurs membres du personnel navigant acheminaient depuis les États-Unis des produits stupéfiants — cannabis, cocaïne et ecstasy — qu’ils revendaient ensuite à Tahiti. Ces agissements se seraient déroulés pendant près de deux ans, notamment sur la ligne Papeete–Los Angeles.

Les deux syndicats soulignent qu’il s’agit de “cas isolés” et que ces pratiques ne sauraient remettre en cause “la probité du reste du personnel navigant commercial”. La direction d’Air Tahiti Nui a réagi en suspendant l’ensemble des personnes mises en examen et en se constituant partie civile.

Le gouvernement polynésien, principal actionnaire de la compagnie, par la voix du président Gaston Tong Sang, a appelé à “éviter tout amalgame susceptible de nuire à l’image de la Polynésie”. Il a rappelé que « les équipages de la compagnie assurent chaque jour leurs missions avec sérieux et professionnalisme ».

Les syndicats craignent des répercussions sociales

Si la solidarité professionnelle reste de mise, les syndicats anticipent toutefois des répercussions sur le climat social interne. Plusieurs agents réguliers évoquent “une perte de confiance du public et des autorités”, susceptible d’alimenter un sentiment d’injustice parmi les personnels non impliqués.

La question syndicale reste sensible dans tout le secteur des transports, comme l’a montré la grève de la FRAAP qui a paralysé les liaisons inter‑îles en juillet dernier.

“Nos collègues ressentent de la honte et de la colère. Nous ferons tout pour que la compagnie retrouve rapidement sa crédibilité et que les vrais professionnels ne soient pas assimilés à cette minorité”, confie une déléguée du SNPNC. Les syndicats demandent à la direction d’accompagner psychologiquement les équipes en escale et d’éviter toute stigmatisation.

Ce dossier met aussi en lumière la complexité du transport aérien en Polynésie française, où chaque compagnie assume une double mission économique et sociale, à l’image d’Air Tahiti, partagée entre ambitions régionales et service public essentiel. 

Préserver la confiance du public, une urgence absolue

Malgré le choc médiatique, Air Tahiti Nui continue d’assurer normalement ses vols internationaux. Des dispositifs de contrôle interne ont été renforcés, notamment sur les trajets vers les États-Unis. Les autorités douanières américaines ont également été associées à la surveillance de certains équipages. Les syndicats saluent ces mesures jugées “indispensables pour restaurer la confiance des passagers”.

En attendant le procès, prévu pour septembre prochain, les représentants du personnel privilégient désormais le dialogue social avec la direction, tout en appelant à une réforme plus profonde des protocoles de recrutement et de suivi psychologique des équipages. “Cette affaire doit servir d’électrochoc moral et organisationnel pour toute la compagnie”, conclut un représentant du SPCN.

À l’instar des initiatives récentes pour renforcer la sécurité aérienne, telles que la campagne de pesée des passagers d’Air Tahiti, la confiance du public suppose une transparence totale sur les pratiques internes du secteur aérien.

Les faits en résumé

  • 33 employés mis en examen : 20 % du personnel navigant commercial d’Air Tahiti Nui.
  • Substances concernées : cannabis, cocaïne et ecstasy importés depuis les États-Unis.
  • Procédures internes : suspensions immédiates, audits de sécurité et coopération avec la justice.
  • Positions syndicales : refus de défendre les mis en cause, soutien au reste des équipages.
  • Procès prévu : septembre 2007 devant le tribunal correctionnel de Papeete.

L’affaire marque un tournant pour le transport aérien polynésien : pour la première fois, une société vitrine du fenua se retrouve confrontée à un scandale d’une telle ampleur. Si le choc est immense, il révèle aussi une volonté de transparence et de responsabilité partagée entre la direction, les autorités et les syndicats.

Cette volonté de rétablir la confiance passe également par la modernisation des dispositifs de surveillance et de secours, comme l’arrivée du Falcon 50 Triton, nouvel atout de la Marine nationale pour la Polynésie. 

À propos de l'auteur :

Hina
Hina Teariki

Hina Teariki est une journaliste polynésienne de 38 ans, née et élevée à Papeete. Diplômée en journalisme de l'Université de la Polynésie française, elle a commencé sa carrière en 2008 comme pigiste pour divers journaux locaux avant de rejoindre Tahiti Presse en 2010. Passionnée par la culture et l'environnement polynésiens, Hina s'est spécialisée dans les reportages sur le développement durable, le changement climatique et la préservation des traditions locales. Elle est connue pour son style d'écriture engagé et ses enquêtes approfondies sur les enjeux sociaux et écologiques du fenua.

Hina Teariki est une journaliste polynésienne de 38 ans, née et élevée à Papeete. Diplômée en journalisme de l'Université de la Polynésie française, elle a commencé sa carrière en 2008 comme pigiste pour divers journaux locaux avant de rejoindre Tahiti Presse en 2010. Passionnée par la culture et l'environnement polynésiens, Hina s'est spécialisée dans les reportages sur le développement durable, le changement climatique et la préservation des traditions locales. Elle est connue pour son style d'écriture engagé et ses enquêtes approfondies sur les enjeux sociaux et écologiques du fenua.

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