l’UMP met fin à son alliance historique avec Gaston Flosse après son élection à la présidence de la Polynésie grâce à un accord inédit avec les indépendantistes d’Oscar Temaru. Cette rupture ouvre une page inédite dans la vie politique du fenua et questionne l’avenir institutionnel du territoire.
L’UMP a annoncé dimanche qu’elle rompait tout lien avec le parti de Gaston Flosse, le Tahoeraa Huiraatira, après l’élection du sénateur à la présidence de la Polynésie française grâce à une alliance avec les indépendantistes de l’UPLD. Cette rupture marque un tournant majeur dans les relations entre Paris et la formation politique autonomiste polynésienne.
Une alliance politique considérée comme une trahison
Samedi 23 février à midi, Gaston Flosse a été élu président de la Polynésie française par 29 voix contre 27 à son rival Gaston Tong Sang et une abstention. Cette élection fait suite aux élections territoriales du 27 janvier dernier, qui avaient vu la défaite du Tahoeraa Huiraatira.
Pour accéder au pouvoir, Gaston Flosse a conclu un accord avec Oscar Temaru, leader indépendantiste de l’UPLD (Union pour la démocratie), créant ainsi l’UDSP (Union pour le développement, la stabilité et la paix). Cette coalition a réuni 29 élus : 20 de l’UPLD et 9 du Tahoeraa Huiraatira.
« Cette alliance contre-nature est inacceptable pour l’UMP », a déclaré un responsable du parti à Paris.
Le parti présidentiel considère cette manœuvre politique comme une trahison des valeurs de la droite républicaine. Gaston Flosse, figure historique du gaullisme en Polynésie et proche de Jacques Chirac, s’allie avec son adversaire historique, partisan de l’indépendance du fenua.
Les conséquences de l’exclusion
L’exclusion de Gaston Flosse de l’UMP entraîne plusieurs conséquences pour le paysage politique polynésien :
- Le Tahoeraa Huiraatira perd son affiliation nationale avec la droite républicaine
- Gaston Tong Sang, leader du parti O Porinetia To Tatou Ai’a, devient le nouveau représentant officiel de l’UMP en Polynésie
- La fédération locale de l’UMP est restructurée autour des adversaires de Flosse
- Le sénateur conserve néanmoins son mandat au Sénat, siégeant comme non-inscrit
Cette rupture intervient dans un contexte politique tendu en Polynésie française, marqué par une instabilité institutionnelle chronique depuis 2004. Depuis les élections de mai 2004, qui avaient vu la première victoire d’Oscar Temaru, cinq gouvernements se sont succédé en moins de quatre ans.
Un tournant dans la vie politique polynésienne
L’exclusion de Gaston Flosse marque la fin d’une époque pour le Tahoeraa Huiraatira, parti qu’il a fondé en 1977 et qui constituait le relais local du RPR puis de l’UMP. Député, sénateur, maire de Pirae pendant 35 ans et président de la Polynésie française à plusieurs reprises depuis 1984, Flosse incarnait jusqu’alors la fidélité au gaullisme et aux valeurs de la droite nationale.
Pour Oscar Temaru, cette alliance offre une nouvelle chance d’exercer le pouvoir après sa brève présidence en 2004, renversée au bout de quatre mois par Gaston Flosse lui-même. Le leader indépendantiste est élu président de l’Assemblée territoriale dans la foulée, avec les voix du Tahoeraa.
Les électeurs polynésiens observent avec attention cette nouvelle configuration politique. Beaucoup s’interrogent sur la durée de cette alliance entre autonomistes et indépendantistes, deux courants traditionnellement opposés sur la question de l’avenir institutionnel de la Polynésie française.
Réactions et perspectives
À Paris, les dirigeants de l’UMP ont réagi avec fermeté. La direction nationale du parti a rapidement pris la décision de rompre tout lien avec le Tahoeraa, considérant que l’alliance avec les indépendantistes était incompatible avec les valeurs du mouvement présidentiel.
Gaston Tong Sang, qui avait obtenu une majorité relative aux élections territoriales de janvier avec son parti To Tatou Ai’a, devient le nouveau référent de l’UMP en Polynésie. Il bénéficie désormais du soutien officiel de Paris dans sa confrontation avec Gaston Flosse.
Cette nouvelle donne politique laisse présager de nouvelles turbulences institutionnelles dans les mois à venir. La question de la stabilité gouvernementale reste au cœur des préoccupations des Polynésiens, alors que le fenua doit faire face à d’importants défis économiques et sociaux.
L’avenir dira si cette alliance inédite entre Gaston Flosse et Oscar Temaru permettra de gouverner durablement la Polynésie française, ou si elle constituera un nouveau chapitre de l’instabilité politique qui caractérise le territoire depuis 2004.