En vingt ans, le nombre de personnes sans domicile en Polynésie française a été multiplié par quatorze selon la Cour des comptes. Derrière ce chiffre choc, une réalité locale complexe, où précarité, insularité et initiatives citoyennes se conjuguent pour tenter de répondre à l’urgence sociale.
La Cour des comptes a dévoilé, ce 10 octobre, un rapport alarmant : la Polynésie française fait face à une explosion du nombre de personnes sans-abri, avec une progression multipliée par quatorze en deux décennies. Ce phénomène, jusqu’ici peu visible dans l’espace public, interroge sur les mutations sociales du fenua et la capacité des institutions à réagir.
Chiffre clé : près de 1 600 personnes sans domicile recensées en 2025, contre à peine 120 au début des années 2000.
Dans le quotidien polynésien, les difficultés d’accès au logement, la hausse du chômage et les situations familiales fragiles exacerbent la précarité. L’insularité multiplie les obstacles pour les plus vulnérables : loyers élevés, manque de structures d’accueil, isolement sur les archipels éloignés.
Dans ce contexte, Samuel Franguiadakis, sociologue à l’UPF, met en lumière la diversité des causes : crise économique post-Covid, saturation des réseaux d’aide, évolution des structures familiales et impact des migrations internes entre îles. Les pouvoirs publics, eux, peinent à suivre le rythme de l’urgence, malgré la multiplication des plans logement et la mobilisation citoyenne.
La Polynésie, face à ce défi inédit, invente parfois ses propres réponses. Certaines municipalités expérimentent des solutions d’habitat partagé, et des projets pilotes voient le jour dans les archipels. Mais pour beaucoup, l’exclusion reste une réalité quotidienne, révélatrice d’un besoin de solidarité accrue et d’une adaptation des politiques publiques.
Explosion du nombre de sans-abri : un constat officiel
La publication du rapport de la Cour des comptes, le 10 octobre, a jeté une lumière crue sur une réalité longtemps sous-estimée en Polynésie française. Multipliée par quatorze en vingt ans, la population sans domicile du fenua atteint aujourd’hui près de 1 600 personnes, alors que les chiffres stagnaient autour de 120 en 2005.
Ce bilan, relayé par les médias locaux et internationaux, traduit l’urgence d’une problématique qui concerne désormais toutes les communes, des faubourgs de Papeete aux archipels éloignés. Les personnes sans-abri ne se cantonnent plus à la marginalité urbaine : familles avec enfants, jeunes diplômés ou personnes âgées composent désormais les nouveaux visages d’une précarité diffuse.
Source : Rapport Cour des comptes, chiffres 2025, communiqué AFP et Marine & Océans
Les causes locales de la précarité
Le logement, permanent défi pour les Polynésiens, occupe une place centrale dans la crise actuelle. L’insularité exacerbée par le coût élevé de la vie limite l’accès au foncier et à l’habitat, tandis que la crise post-Covid et un chômage persistant ont fragilisé de nombreuses familles.
- Difficulté d’accès au logement abordable
- Chômage et précarité professionnelle
- Isolement et manque de structures d’accueil sur certains archipels
Pour les jeunes et parents seuls, la saturation des réseaux d’aide et le manque de logements sociaux aggravent les parcours d’exclusion, rendant la précarité de plus en plus visible même dans des quartiers réputés favorisés.
La dynamique sociale du fenua se mesure aussi à l’aune des mouvements collectifs, à l’exemple des grandes mobilisations récentes (voir Polynésie : la grève suspendue), qui rappellent à quel point la précarité et les revendications pour l’emploi impactent la vie quotidienne sur tout le territoire.
Témoignages et paroles du fenua
Sur le terrain, les ONG locales et travailleurs sociaux livrent un constat sans appel. Les maraudes nocturnes dans Papeete et les quartiers périphériques révèlent un changement de profil des personnes sans-abri : familles avec enfants, femmes seules, et jeunes en rupture scolaire.
« Ce ne sont plus seulement des hommes isolés. On croise des mères, des mineurs, parfois des retraités, tous contraints de vivre sous tente ou dans leur véhicule », témoigne une responsable d’association de Papeete.
Samuel Franguiadakis, sociologue à l’UPF, analyse cette évolution : « L’exclusion résulte aujourd’hui d’une combinaison de crises économiques, saturation des réseaux d’aide, migrations internes entre îles et transformations familiales. »
Pour les familles touchées, le lien social demeure essentiel. Plusieurs associations polynésiennes mettent en œuvre des actions de maraude, de soutien psychologique et d’aide alimentaire pour rompre l’isolement et offrir des solutions d’urgence, même si la demande reste supérieure à l’offre.
Témoignages et paroles du fenua
Sur le terrain, les ONG locales et travailleurs sociaux livrent un constat sans appel. Les maraudes nocturnes dans Papeete et les quartiers périphériques révèlent un changement de profil des personnes sans-abri : familles avec enfants, femmes seules, et jeunes en rupture scolaire.
« Ce ne sont plus seulement des hommes isolés. On croise des mères, des mineurs, parfois des retraités, tous contraints de vivre sous tente ou dans leur véhicule », témoigne une responsable d’association de Papeete.
Samuel Franguiadakis, sociologue à l’UPF, analyse cette évolution : « L’exclusion résulte aujourd’hui d’une combinaison de crises économiques, saturation des réseaux d’aide, migrations internes entre îles et transformations familiales. »
Pour les familles touchées, le lien social demeure essentiel. Plusieurs associations polynésiennes mettent en œuvre des actions de maraude, de soutien psychologique et d’aide alimentaire pour rompre l’isolement et offrir des solutions d’urgence, même si la demande reste supérieure à l’offre.
Pistes de solutions et perspectives
À l’heure où la Polynésie française cherche à endiguer la progression du sans-abrisme, plusieurs experts et associations recommandent de penser des solutions à la fois locales et innovantes : habitat partagé, réhabilitation de logements vacants, développement de parcours d’insertion adaptés au contexte insulaire.
« L’enjeu est de bâtir un modèle polynésien, prenant en compte la réalité des familles, les mobilités inter-îles et le lien communautaire », analyse Samuel Franguiadakis (UPF).
La réussite dépend de la mobilisation collective : participation citoyenne, engagement des élus, renforcement du tissu associatif et implication des entreprises locales. En misant sur la solidarité et l’innovation sociale, le fenua peut espérer limiter l’exclusion et offrir à chacun une chance de rebâtir un quotidien digne.
Ce défi social, désormais visible, invite l’ensemble des acteurs polynésiens à réinventer les politiques publiques afin que nul ne soit laissé de côté, du centre de Papeete aux archipels les plus isolés.