Nouvelle avancée pour la préservation des baleines à bosse en Polynésie : l’Assemblée a voté, le 13 novembre 2025, un arsenal de mesures renforcées pour protéger ces géants marins pendant leur migration. Des règles inédites rééquilibrent observation touristique, sécurité et valorisation culturelle des cétacés dans le fenua.
Protection des baleines : le grand tournant du fenua
Jeudi 13 novembre 2025, les représentants de l’Assemblée de Polynésie française ont franchi une nouvelle étape décisive pour la sauvegarde du patrimoine marin local : un texte de loi inédit renforce désormais drastiquement la réglementation en matière d’observation et de navigation durant la saison des baleines. Fruit d’années de mobilisation des acteurs du fenua, ce vote consacre la Polynésie comme sanctuaire exemplaire du Pacifique Sud pour les cétacés [source officielle].
Chaque année, de juillet à novembre, les baleines à bosse rejoignent les eaux chaudes polynésiennes pour se reposer et donner naissance à leurs petits. Ce spectacle naturel, devenu pilier du tourisme insulaire et objet de fierté culturelle, place la Polynésie au cœur des enjeux mondiaux liés à la préservation des espèces menacées. Les nouvelles mesures votées par l’Assemblée imposent dès la saison 2026 :
- Limitation stricte de la vitesse des navires de plus de 12 mètres à 10 nœuds dans les lagons et zones côtières à risque,
- Renforcement des distances d’approche et des quotas de bateaux autorisés autour des cétacés,
- Obligation de formations et d’équipements certifiés pour les opérateurs “whale watching”,
- Sanctions corsées pour les infractions, avec retrait de licence et amendes renforcées.
Portée par les associations Mata Tohora et Oceania, soutenue par des personnalités locales comme Tematai Legayic et Marie Taputu, cette réforme fait suite à une série d’incidents impliquant des femelles et baleineaux heurtés par des ferries ou catamarans. Le fenua s’appuie sur les sciences participatives et la transmission des valeurs ancestrales pour consolider son modèle de cohabitation durable entre activités humaines et grands mammifères marins comme la baleine à bosse.
Pourquoi une nouvelle réglementation ? Risques, mobilisations et voix locales
Face à la recrudescence des collisions maritimes impliquant des baleines à bosse, souvent accompagnées de leurs petits, la société civile polynésienne s’est vivement mobilisée. Mata Tohora et Oceania ont porté la voix des défenseurs du fenua, appuyés par des élus engagés tels que Tematai Legayic, et par des guides professionnels de Rurutu et Moorea.
L’urgence repose sur plusieurs constats :
- Augmentation des risques de collisions mortelles avec ferries, catamarans et bateaux de plaisance
- Pression accrue du tourisme nautique et développement rapide de l’activité “whale watching”
- Sensibilité des femelles à la mise bas et vulnérabilité des baleineaux dans les lagons
« Réduire la vitesse des navires permet de diminuer jusqu’à 80 % le risque de collision mortelle. Les baleines incarnent nos histoires, nos légendes, notre famille et notre lien profond à l’océan. » – Association Oceania
Ce mouvement citoyen a trouvé un écho à l’Assemblée, culminant avec le vote unanime de la proposition, comme raconté dans le reportage Retour des baleines : saison 2025 sous surveillance en Polynésie.
Les mesures clés adoptées par l’Assemblée de Polynésie pour protéger les baleines
Pour encadrer la cohabitation entre activités humaines et faune marine, la loi adoptée propose une série de dispositions inédites, issues du dialogue entre responsables institutionnels, scientifiques (Oceania) et professionnels du secteur touristique :
- Limitation de vitesse : navires de plus de 12 mètres limités à 10 nœuds dans un périmètre défini autour des côtes durant la migration.
- Zones à risque : application renforcée dans les passes, lagons et grandes baies (Moorea, Rurutu, Tahiti/Pointe des Pêcheurs).
- Distances d’approche et quotas : accès restreint à 100-300 m selon l’opérateur et le type d’embarcation ; maximum trois bateaux simultanés par groupe de cétacés.
- Formations et certifications : obligation pour tous les opérateurs commerciaux d’obtenir une habilitation spécifique (portée par Mata Tohora), suivie de contrôles annuels.
- Sanctions administratives renforcées pour tout contrevenant, comprenant retrait de licence et lourdes amendes.
| Mesure | Application | Entités concernées |
|---|---|---|
| Vitesse limitée | Navires ≥12 m | Tours opérateurs, ferries |
| Zone prioritaire | Passe, lagon, baies | Moorea, Rurutu, Tahiti |
| Certification guides | Exigée | Mata Tohora, Oceania |
Ces dispositions sont le fruit d’une concertation locale et d’un corpus scientifique nourri, documenté à travers plus de 5 497 observations et près de 900 manœuvres d’évitement collectées par Mata Tohora et Oceania.
Impacts sur l’économie locale et le whale watching
L’activité d’observation des baleines (“whale watching”) représente une véritable locomotive économique pour la Polynésie, avec des retombées significatives sur l’emploi, l’hébergement, le transport et la restauration dans les archipels de Moorea et Rurutu, mais aussi à Tahiti. Mobydick Tahiti, Tātahi Tours et Pacifik Attitude figurent parmi les principaux opérateurs locaux concernés par la nouvelle réglementation.
Si ces règles impliquent un investissement dans la formation et l’équipement des guides — souvent issus des familles polynésiennes — elles garantissent aussi une valorisation des compétences locales et une professionnalisation du secteur. Un équilibre se dessine entre préservation stricte et maintien d’une activité accessible, dans un contexte où le tourisme responsable est devenu une exigence mondiale.
- 92 licences délivrées en 2025 : quotas d’opérateurs pour éviter la saturation et préserver la ressource
- Stricte limitation du nombre de bateaux et des créneaux horaires de sortie
- Témoignages de guides (Marie Taputu à Rurutu) sur leur adaptation et leur engagement pour la sensibilisation des touristes
- Emplois et retombées économiques pour la jeunesse des îles
« Les baleines sont devenues aussi importantes que les tikis dans notre culture touristique. Protéger ces animaux, c’est préserver notre avenir économique et notre identité. » – Marie Taputu, guide whale watching à Rurutu
Baleines, légendes et high-tech : quand tradition et innovation dialoguent
La réforme s’enracine dans une tradition locale de respect du vivant, transmise de génération en génération, et portée aujourd’hui par la démarche “Sanctuaire bleu” et le label Mata Tohora. L’observation participative, les applications numériques pour signaler la présence des baleines et l’implication des scolaires dans des ateliers de sensibilisation illustrent l’innovation au service du fenua.
Les légendes liées aux géants des mers forment aussi les contes de l’enfance polynésienne, notamment sur l’île de Moorea et dans l’atoll de Tuamotu. Ce rapport intime à la mer et aux cétacés façonne un modèle de cohabitation qui inspire toute la zone Pacifique.
- Mise en oeuvre du label Mata Tohora pour la reconnaissance des itinéraires respectueux
- Éducation environnementale auprès des jeunes et valorisation des langues et récits transmis
- Création de corridors migrateurs balisés, projet “Sanctuaire bleu”
- Application et accompagnement associatif : Oceania, guides de Moorea et Rurutu
La portée patrimoniale du dispositif et l’engagement collectif sont à retrouver dans le reportage Tombeau des baleines : traditions et pêche secrète aux Australes.
État des lieux : premiers retours et prochaines étapes
À l’issue de la première saison d’application, les premiers bilans font état d’une prise de conscience réelle parmi les opérateurs locaux et le grand public. Les associations polynésiennes telles que Mata Tohora et Oceania continuent d’assurer un suivi rigoureux, recevant le soutien des autorités nautiques et des élus territoriaux (Tematai Legayic, Marie Taputu).
Les guides témoignent à Moorea, Tahiti et Rurutu de l’efficacité des nouvelles dispositions : diminution des signalements d’incidents, respect accru des quotas, meilleur encadrement des touristes et croisiéristes, et renforcement du dialogue avec la Direction de l’environnement. Le système de certification des opérateurs, piloté par Mata Tohora, améliore la qualité de l’expérience offerte tout en limitant la pression sur la faune.
- Surveillance accrue des lagons et baies sensibles
- Prolongation du travail de sensibilisation dans les écoles
- Adaptation continue des arrêtés et des planifications d’escales maritimes selon le bilan écologique
- Dialogue régulier entre guides, associations et instances politiques
Pour suivre l’évolution de la mobilisation et de la pédagogie environnementale locale, retrouvez le dossier spécial Oceania célèbre la Journée de la Baleine au Fare Natura.