Élue Miss France 2026 dans la nuit du 6 au 7 décembre, la Tahitienne Hinaupoko Devèze a surpris la France en racontant le burn-out qui l’a frappée pendant ses études de droit. À 23 ans, la diplômée en psychologie fait de la santé mentale sa cause de cœur, un sujet encore trop tabou en Polynésie française. Derrière la 6e couronne du fenua, c’est toute une génération qui cherche à mettre des mots sur son mal‑être, entre pression scolaire, réseaux sociaux et quête de sens.
Une reine de beauté marquée par un burn-out
Au Zénith d’Amiens, la France a découvert un visage, un sourire et une histoire plus complexe qu’un simple conte de fées. Hinaupoko Devèze, 23 ans, Miss Tahiti 2025 aux origines marquisiennes, a décroché le titre de Miss France 2026 en portant haut les couleurs du fenua, mais aussi un message inattendu sur la santé mentale. Diplômée en psychologie, la jeune femme raconte avoir traversé un burn-out pendant ses études de droit, une “période assez sombre” qui l’a menée à consulter une psychologue pour tenir le coup.
Quelques jours avant son sacre, au micro de Polynésie 1ère puis dans plusieurs médias métropolitains, elle a expliqué comment cette épreuve l’a poussée à changer de voie et à s’orienter vers la psychologie. Elle y découvre alors des outils de compréhension de soi et des autres qu’elle estime ne pas devoir rester réservés aux seuls étudiants en psycho, mais accessibles à chacun, dès le plus jeune âge. C’est cette expérience personnelle, mêlée à son hypersensibilité assumée, qui nourrit aujourd’hui son envie de briser le tabou de la santé mentale.
Ce combat, Hinaupoko ne l’a pas attendu pour Miss France. Dès son élection à Pirae en juin, elle confiait à Tahiti Presse vouloir consacrer son année de Miss Tahiti à la santé mentale, cause qu’elle juge “insuffisamment mise en valeur” en Polynésie française, marquée par le mal‑être d’une partie de la jeunesse. Son sacre national offre désormais une caisse de résonance inédite à ce message parti des jardins de la mairie de Pirae. Miss Tahiti 2025 : Hinaupoko Deveze veut briser un tabou.
De Miss France au psy : pourquoi Hinaupoko fait de la santé mentale sa bataille
En conférence de presse comme sur les plateaux télé, Hinaupoko répète qu’elle ne veut pas réduire son année de Miss France à des sourires et des robes de soirée. Elle affirme au contraire faire de la santé mentale sa cause de cœur, en expliquant que le cerveau mérite la même attention que le cœur ou le corps. Son récit de burn-out, de consultation psy et de reconversion vers la psychologie devient alors un outil pour “dédramatiser” la demande d’aide.
Dans ses premières interviews nationales, la jeune femme insiste sur plusieurs messages simples :
- il est possible d’aller mal même quand “tout semble aller bien” de l’extérieur ;
- consulter un professionnel n’est pas une faiblesse mais une démarche de protection ;
- les outils appris en psychologie devraient être mieux diffusés auprès des jeunes, des familles et des enseignants.
À travers son témoignage, Hinaupoko fait entrer des mots comme “burn‑out”, “dépression” ou “anxiété” dans l’univers très exposé de Miss France, où l’on parle plus souvent de paillettes que de vulnérabilité.
Cette prise de position tranche avec l’image traditionnelle, souvent très lisse, associée aux reines de beauté. En assumant ses failles, en parlant de peurs, de manque de confiance et de passages à vide, Hinaupoko propose un modèle plus réaliste pour les jeunes qui la regardent, qu’ils vivent en Polynésie ou en métropole. Pour beaucoup d’observateurs, elle incarne ainsi une évolution du concours vers des enjeux plus proches du quotidien des étudiantes, des salariés ou des jeunes parents en difficulté.
| Avant Hinaupoko | Avec Hinaupoko |
|---|---|
| Miss France perçue surtout comme un concours d’esthétique et d’éloquence. | Miss France qui parle explicitement de burn‑out, de psy et de fragilité. |
| Causes souvent centrées sur l’enfance, la santé ou l’environnement. | Cause principale : la santé mentale et le bien‑être psychique. |
| Vulnérabilité peu abordée publiquement. | Vulnérabilité assumée comme une force et un levier de changement. |
Jeunes du fenua, pression, idées noires : ce que l’histoire d’Hinaupoko révèle
Si son message résonne partout en France, il prend une couleur particulière en Polynésie. Dès son élection à Pirae, Hinaupoko évoquait le mal‑être de certains jeunes du fenua, les idées suicidaires dans son entourage et la difficulté, pour beaucoup de familles, à parler de psy ou de dépression sans honte. Son engagement s’inscrit ainsi dans un contexte où les autorités locales ont déjà identifié la santé mentale comme une priorité de santé publique.
Les signaux d’alerte sont connus : tentatives de suicide chez les adolescents, consommation de produits addictifs, ruptures familiales et isolement social, en particulier dans les quartiers populaires et certaines îles éloignées. Dans ce paysage, la parole d’une Miss France originaire du fenua peut jouer un rôle spécifique :
- ouvrir la discussion dans les familles, les classes et les internats ;
- rendre plus visibles les dispositifs existants (consultations, numéros d’écoute, associations) ;
- montrer qu’une figure publique peut avoir besoin d’aide et s’en sortir.
Pour la jeunesse polynésienne, souvent partagée entre la pression scolaire, les attentes familiales, les difficultés économiques et la comparaison permanente sur les réseaux sociaux, l’histoire d’Hinaupoko fonctionne comme un miroir. Une part des jeunes se reconnaît dans cette sensation de “trop plein” et dans la peur d’en parler, de peur de décevoir. En mettant des mots sur son burn‑out, la nouvelle Miss France légitime la possibilité de dire : “je ne vais pas bien, j’ai besoin d’aide”.
Cette évolution rejoint les efforts menés depuis plusieurs années pour mieux structurer la prise en charge psychologique dans l’archipel, via des plans de santé mentale, des actions en milieu scolaire et des partenariats entre associations, services publics et professionnels. Elle ouvre aussi la voie à des initiatives où Hinaupoko pourrait, au cours de son règne, rencontrer des lycéens, des étudiants ou des bénévoles sur le terrain pour prolonger ce dialogue entre expérience personnelle et défis collectifs du fenua.
Instagram, critiques et doutes : la “génération Hinaupoko” face aux réseaux sociaux
Hinaupoko appartient à une génération ultra-connectée, qui grandit avec les filtres, les likes et les commentaires parfois violents. Comme d’autres Miss régionales, elle a été exposée aux critiques sur son physique et à la pression de tout montrer sur Instagram. La différence, c’est qu’elle choisit de parler aussi de ce qui ne se voit pas : l’anxiété, les doutes, la fatigue mentale derrière les images parfaites.
Très suivie sur les réseaux sociaux, la nouvelle Miss France ne souhaite pourtant pas devenir une influenceuse “H24 en story”. Elle revendique le droit à la pudeur, à la déconnexion et à des moments hors champ, même avec une couronne sur la tête. Ce positionnement résonne avec le quotidien de nombreux jeunes Polynésiens, qui jonglent entre la vie réelle (famille, études, travail, obligations culturelles) et une vie en ligne où la comparaison permanente peut nourrir complexes et mal-être.
Dans ce contexte, la “génération Hinaupoko” peut se définir par un double mouvement :
- une fragilité accrue face à la pression scolaire, sociale et numérique ;
- mais aussi une capacité nouvelle à mettre des mots sur ses émotions, à revendiquer le droit d’aller mal et à demander du soutien.
Pour les concours du fenua comme Miss Tahiti ou Miss Aimeho Nui, ce virage ouvre des perspectives : au-delà des critères esthétiques, les thèmes de la santé mentale, de la confiance en soi et du rapport aux réseaux sociaux pourraient prendre davantage de place dans les discours et les projets des candidates.
De belles paroles à des actes : comment Hinaupoko peut faire bouger les lignes au fenua
Reste une question centrale : comment faire en sorte que la santé mentale ne soit pas seulement un “mot-clé” dans la fiche de Miss France, mais un véritable fil conducteur de son année de règne, notamment pour la Polynésie française ? Plusieurs pistes se dessinent, à la croisée de son parcours personnel et des besoins du territoire.
La première consiste à aller à la rencontre des jeunes là où ils sont : dans les lycées, les CFA, l’université, les internats des archipels. Des interventions de Miss France aux côtés de psychologues, de éducateurs et d’associations locales pourraient contribuer à banaliser la parole sur le stress, les idées noires ou le décrochage. La seconde pourrait passer par des campagnes de sensibilisation portées avec les institutions et les médias polynésiens, en valorisant les outils déjà disponibles (consultations, numéros d’écoute, guides en santé mentale) et en expliquant concrètement comment les utiliser.
Enfin, Hinaupoko peut jouer un rôle de passeuse entre deux mondes : celui des grands plateaux parisiens et celui des réalités du fenua. En racontant son burn-out, en répétant qu’il est légitime de demander de l’aide et en acceptant de montrer ses fragilités, elle offre une image plus humaine de Miss France. Pour la Polynésie, cette 6e couronne n’est pas seulement un exploit au palmarès : c’est une occasion unique de mettre la santé mentale au cœur des conversations, des familles aux écoles, des réseaux sociaux aux fare des quartiers.
Pour en savoir plus sur Miss Tahiti 2025 avant son sacre à Miss France 2026 :
Miss Tahiti 2025 : Hinaupoko Deveze veut briser un tabou