Virginia Teriiama, l’âme du reo mā’ohi s’est éteinte

Virginia Teriiama, l’âme du reo mā’ohi s’est éteinte

Disparition. Figure engagée du reo mā’ohi, Virginia Teriiama s’est éteinte le 10 octobre 2019 à l’âge de 69 ans. Retour sur le parcours inspirant de l’académicienne, saluée par la communauté du fenua pour son action infatigable au service de la langue et des jeunes générations.

La nouvelle s’est répandue avec émotion du Fare Vānaʻa aux écoles du fenua : Virginia Teriiama, académicienne et militante passionnée de la langue tahitienne, est décédée à 69 ans le 10 octobre 2019. Au sein de l’Académie tahitienne, dont elle était membre depuis 2005, son énergie et son engagement avaient fait d’elle une référence incontournable de la transmission du reo mā’ohi.

Issue d’une famille ancrée dans la culture de Polynésie, Virginia Teriiama a marqué toutes celles et ceux qui ont croisé son chemin par sa générosité et son sens du partage. Elle était partout où le reo tahiti avait besoin d’être porté haut : dans les salles de classe, lors des ateliers d’écriture pour les jeunes, dans les cérémonies officielles du Fare Vānaʻa comme au détour des veillées dans les archipels éloignés.

« Transmettre la langue, c’est assurer un avenir au fenua tout entier », aimait-elle rappeler lors des grandes rencontres du Fare Vānaʻa.

Le chagrin de ses pairs se mêle à la reconnaissance d’un héritage immense. Désormais, l’histoire de Virginia Teriiama s’inscrit aux côtés des grandes figures de la renaissance culturelle polynésienne. Son apport ne saurait se résumer à une seule page : retrouvez son portrait d’académicienne lors de son élection à l’Académie tahitienne.

Un parcours marqué par la transmission et la création

Toute sa vie, Virginia Teriiama a mis sa passion, ses compétences d’enseignante et son énergie au service de l’éducation et du rayonnement du reo mā’ohi. Résolument tournée vers la jeunesse, elle a animé de nombreux ateliers d’écriture, recueilli les récits des anciens, et contribué à l’élaboration de manuels et de dictionnaires pour les nouvelles générations. Son parcours témoigne d’un engagement sans faille pour placer la langue au cœur de l’identité collective.

  • Accompagnement des écoles et collèges de Tahiti et des îles ;
  • Participation active à l’Académie tahitienne dès 2005 ;
  • Soutien à la valorisation de la parole féminine et à la diversité des voix polynésiennes ;
  • Élaboration et diffusion de recueils, lexiques, et ressources en tahitien.

“Là où quelqu’un raconte, là vit la langue, et avec elle notre fenua”, affirmait-elle lors d’un débat public sur la transmission.

Témoignages et solidarité du fenua

Au lendemain de l’annonce, de nombreux hommages ont afflué, des membres du Fare Vānaʻa au Gouvernement de Polynésie française, en passant par des enseignants, élèves, artistes et responsables associatifs. Chacun a souligné la gentillesse, la force de conviction et l’humilité de Virginia Teriiama.

  • Le président de l’Académie a salué “une militante essentielle du renouveau linguistique et culturel”.
  • Des élèves de Moorea ou Rurutu ont évoqué “une professeure qui donnait envie de parler toutes les langues de la maison” ;
  • Des représentantes d’associations linguistiques (Reo Magareva, Te Reo o te Tuamotu, Académie marquisienne, Académie pa’umotu) lui ont rendu hommage pour sa générosité et son ouverture d’esprit.

Les cérémonies d’adieu au Fare Vānaʻa, rassemblant proches, collègues, responsables du secteur public et de la société civile, ont parlé de continuité : celle d’un engagement qui vivra à travers les jeunes enseignants, les recueils et les initiatives inspirées par son exemple.

Un héritage vivant pour la jeunesse

Les proches et collègues de Virginia Teriiama rappellent que son action ne s’interrompt pas à sa disparition. Son nom restera attaché :

  • à la publication de recueils de poésie, lexiques, et ouvrages pour enfants en reo mā’ohi ;
  • à la dynamique de formation des enseignants et à la modernisation des contenus pédagogiques liés à la langue tahitienne ;
  • à l’ouverture de l’Académie tahitienne aux communautés des archipels et à l’égalité femmes-hommes dans les instances linguistiques.

Les bourses et projets lancés ces dernières années dans le sillon de son engagement témoignent d’un souffle nouveau pour la transmission. Les enseignants et actrices du renouveau polynésien continuent aujourd’hui de faire vivre son héritage dans les classes, les familles et au sein du Fare Vānaʻa.

 

Pour prendre la mesure de la trajectoire de l’Académie à laquelle Virginia Teriiama a tant apporté, retrouvez le dossier consacré au jubilé du Fare Vānaʻa : 50 ans d’Académie tahitienne.

Un appel à poursuivre la transmission

La famille de Virginia Teriiama, les membres du Fare Vānaʻa, les enseignants et les acteurs de la société civile ont unanimement souligné l’importance de poursuivre les chantiers ouverts dans le sillage de son engagement.

« Chacun peut porter la langue, chacun peut créer et raconter. L’important, c’est de continuer à faire vivre notre voix polynésienne », rappelait-elle lors des rencontres du reo à Papeete.

À l’heure où la transmission intergénérationnelle reste un enjeu central, l’exemple de Virginia Teriiama inspire les jeunes générations et légitime la mobilisation de tous pour la vitalité du reo mā’ohi, cœur battant de l’identité polynésienne.

À propos de l'auteur :

Hina
Hina Teariki

Hina Teariki est une journaliste polynésienne de 38 ans, née et élevée à Papeete. Diplômée en journalisme de l'Université de la Polynésie française, elle a commencé sa carrière en 2008 comme pigiste pour divers journaux locaux avant de rejoindre Tahiti Presse en 2010. Passionnée par la culture et l'environnement polynésiens, Hina s'est spécialisée dans les reportages sur le développement durable, le changement climatique et la préservation des traditions locales. Elle est connue pour son style d'écriture engagé et ses enquêtes approfondies sur les enjeux sociaux et écologiques du fenua.

Hina Teariki est une journaliste polynésienne de 38 ans, née et élevée à Papeete. Diplômée en journalisme de l'Université de la Polynésie française, elle a commencé sa carrière en 2008 comme pigiste pour divers journaux locaux avant de rejoindre Tahiti Presse en 2010. Passionnée par la culture et l'environnement polynésiens, Hina s'est spécialisée dans les reportages sur le développement durable, le changement climatique et la préservation des traditions locales. Elle est connue pour son style d'écriture engagé et ses enquêtes approfondies sur les enjeux sociaux et écologiques du fenua.

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